• LES AMBASSADEURS

    DE LA MÉMOIRE DE LA SHOAH

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    DE LA MÉMOIRE

    Historique

    En 2002, les ministres européens de l’Éducation ont adopté à l’initiative du Conseil de l’Europe la déclaration instituant la Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité dans les établissements scolaires des États membres. L’ONU a retenu en 2005 la date du 27 janvier, date de la découverte du camp d’Auschwitz-Birkenau par l’armée soviétique, pour instituer une journée internationale de la mémoire de l’Holocauste.

     

    Depuis 2010, onze lieux de mémoire de la Shoah en France organisent des manifestations communes chaque 27 janvier, sous l’égide du Mémorial de la Shoah. Pour le 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau en 2015, ils ont décidé, avec le soutien de l’ONACVG, de réunir de jeunes ambassadeurs de la mémoire, porteur de la mémoire de l’un de ces lieux, à l’occasion d’un séminaire national en les associant aux cérémonies officielles à Paris.

     

    Durant plusieurs mois, des classes de différentes filières et de différents niveaux ont travaillé sur l’histoire et les missions portées par chacune des institutions. Ils ont également approfondis leurs connaissances sur l’histoire de la Shoah et de la Déportation.

     

    Chaque classe a désigné un groupe d’élèves (de 3 à 8) pour participer au séminaire national en leur nom. Le reste de la classe s’est retrouvé sur leur lieu de mémoire de référence pour une journée de commémorations et d’activités pédagogiques.

     

    Environ 70 jeunes se sont retrouvés à Paris en janvier 2015, représentant 14 classes, soit plus de 300 jeunes au total. Ils sont désormais associés aux cérémonies commémoratives et aux activités des institutions, comme au Mémorial de l’Internement et de la Déportation de Compiègne ou au Mémorial de la Shoah à Paris. Ils diffusent leurs connaissances et leurs réflexions au sein de leur entourage, familial ou à l’Ecole, ou sur les réseaux sociaux.

     

    Fort de son impact, ce dispositif a été pérennisé et pleinement intégré aux initiatives portées par le Réseau des lieux de mémoire de la Shoah en France.

    L'engagement 

    Les jeunes sont porteurs de la mémoire d’un lieu de la persécution, de l’internement, de la déportation mais aussi du sauvetage des Juifs de France, et pleinement engagés dans une démarche de réflexion et de transmission autour des valeurs démocratiques et républicaines.

    L'un des temps forts de cet engagement se déroule autour du 27 janvier.

    Pour participer

    Une nouvelle promotion d’ambassadeurs de la mémoire est formée sur deux années scolaires.

     

    Chaque site dispose d’une grande latitude pour choisir un établissement scolaire au sein duquel ces ambassadeurs seront retenus, émanant d’une classe ou d’un groupe d’élèves volontaires sous la conduite d’un enseignant. La démarche implique en effet un travail de plusieurs mois, interne à l’établissement et en lien avec le site de référence, tout en s’intégrant avec les programmes officiels de l’Education nationale.

     

    Le prochain séminaire national se déroulera en janvier 2017.

     

    Si vous souhaitez proposer d’associer votre établissement au dispositif des ambassadeurs de la mémoire, contacter le lieu de mémoire membre du Réseau le plus proche ou par mail : lieux@memorialdelashoah.org

    Discours de Simone Veil en 2005 

    En 2005, Simone Veil appelait à l’éveil des consciences des jeunes du XXIe siècle, notamment sur l'importance de la transmission de la mémoire de la Shoah et les dangers de la banalisation et du relativisme. Les ambassadeurs de la mémoire ont formulé en 2015 un discours en réponse à celui de Simone Veil. Voici les deux discours.

     

    "Les rescapés d’Auschwitz ne sont plus qu’une poignée. Bientôt, notre mémoire ne reposera plus que sur nos familles, sur l’Etat, mais aussi sur les institutions qui en ont fait leur mission, notamment celles en charge des lieux où vous vous trouvez aujourd’hui. Elle sera aussi la source d’inspiration d’artistes et d’auteurs, comme un objet qui nous échappe pour le meilleur et pour le pire. Notre mémoire, surtout, doit être intégrée et conciliée avec l’enseignement de l’histoire à l’école, faisant des élèves comme des professeurs des relais essentiels de cette nécessaire transmission.


    Il vous appartiendra de faire vivre ou non notre souvenir, de rapporter nos paroles, le nom de nos camarades disparus. Notre terrible expérience aussi de la barbarie poussée à son paroxysme, flattant les instincts les plus primaires de l’homme comme les ressorts d’une modernité cruelle.


    L’humanité est un vernis fragile, mais ce vernis existe. En parlant de ce monde à part que fut celui des camps et de la tourmente dans laquelle les Juifs furent emportés, nous vous disons cette abomination, mais nous témoignons aussi sur les raisons de ne pas désespérer. D’abord, pour certains d’entre-nous, il y eut ceux qui nous aidèrent pendant la guerre, par des gestes parfois simples parfois périlleux, qui contribuèrent à notre survie. Il y eut la camaraderie entre détenus, certes pas systématique, dont les effets furent ô combien salutaires. Et puis, pour cette infime minorité qui regagna la France en 1945, la vie a été la plus forte ; elle a repris avec ses joies et ses douleurs.


    Puissent nos rires résonner en vous comme notre peine immense.


    Notre héritage est là, entre vos mains, dans votre réflexion et dans votre cœur, dans votre intelligence et votre sensibilité.


    Il vous appartient que la vigilance ne soit pas un vain mot, un appel qui résonne dans le vide de consciences endormies. Si la Shoah constitue un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité, le poison du racisme, de l’antisémitisme, du rejet de l’autre, de la haine ne sont l’apanage d’aucune époque, d’aucune culture, ni d’aucun peuple. Ils menacent à des degrés divers et sous des formes variées, au quotidien, partout et toujours, dans le siècle passé comme dans celui qui s’ouvre. Ce monde là est le vôtre. Les cendres d’Auschwitz lui servent de terreau.


    Pourtant, votre responsabilité est de ne pas céder aux amalgames, à toutes les confusions. La souffrance est intolérable ; toutes les situations ne se valent pourtant pas. Sachez faire preuve de discernement, alors que le temps nous éloigne toujours plus de ces événements, faisant de la banalisation un mal peut-être plus dangereux encore que la négation. L’enseignement de la Shoah n’est pas non plus un vaccin contre l’antisémitisme, ni les dérives totalitaires, mais il peut aider à forger la conscience de chacun et chacune d’entre-vous. Il doit vous faire réfléchir sur ce que furent les mécanismes et les conséquences de cette histoire dramatique. Notre témoignage existe pour vous appeler à incarner et à défendre ces valeurs démocratiques qui puisent leurs racines dans le respect absolu de la dignité humaine, notre legs le plus précieux à vous, jeunesse du XXIe siècle."

     

    Simone Veil
    de l’Académie française

    Réponse à la lettre de Simone Veil, 

    écrite par les jeunes ambassadeurs de la mémoire en 2015

    "Aux rescapés et aux victimes de la Shoah, A madame Simone Veil,


    Ce millénaire s’ouvre avec nous. Notre génération doit construire un monde qui ne permettra jamais à une tragédie telle que la Shoah de se reproduire. Votre voix et votre parcours nous rappellent ce que le rejet de l’autre a produit de pire.


    L’extermination des Juifs d’Europe n’est pas qu’un sujet d’étude pour les historiens. Cet enseignement doit nous être donné inlassablement dans les écoles, dans les mémoriaux, les musées, lors des commémorations, grâce aux productions artistiques.


    Nous, jeunesse de France, formons le vœu que cet enseignement trouve toujours une place à part dans les programmes pédagogiques : c’est un élément fondateur de notre formation intellectuelle, scolaire et par-dessus tout citoyenne.


    6 millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent assassinés parce que nés Juifs par des hommes et des femmes, aveuglés par des idéologies de haine. Nous, jeunesse de France, affirmons aujourd’hui, que les cendres d’Auschwitz et des camps nazis, que les fosses communes, les nécropoles, les mémoriaux ne sombreront jamais dans l’oubli ou l'indifférence et que vos paroles fortifieront nos consciences.


    Depuis la Shoah, d’autres guerres, d’autres génocides ont frappé le monde. Nous, jeunesse de France, faisons vivre pleinement la République et la démocratie, par-delà nos différences. Nous avons la chance d’être en France, protégés par des lois, par un régime de droit, qui affiche sur les frontons de nos édifices cette devise « Liberté, Egalité, Fraternité ».


    70 ans après la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, il est de notre responsabilité que votre mémoire ne disparaisse pas. Vous pouvez compter sur notre détermination.
    Cette connaissance de la tragédie, mais aussi des exemples de solidarité et de sauvetage, nous engagent à défendre l’idée d’une humanité apaisée et fraternelle dans une période assombrie par l’intolérance et la mort où l’actualité nous rappelle tragiquement l’urgence et la nécessité d’une mobilisation de toutes et tous au quotidien.


    Les droits de l’homme et du citoyen, la constitution, la laïcité, permettent à chacun d’exister dignement, librement et sans autre restriction que le respect des autres et des lois.
    C’est collectivement que nous, jeunesse de France, nous présentons à vous aujourd’hui, mais c’est bien individuellement que nous nous engageons.

     

    Chacun de nous donne sa voix pour incarner la vôtre, et rappeler avec force que nous refusons toute forme d'intolérance, de racisme et d’antisémitisme.
    Il y a 70 ans le camp d’Auschwitz-Birkenau était libéré, ouvrant la voie à d’autres libérations.
    Aujourd’hui nous commémorons ces événements, et nous, jeunesse de France, faisons le serment d’œuvrer pour que les générations futures soient épargnées de nouveaux drames. L’humanité est une et indivisible."

    Les jeunes ambassadeurs de la mémoire, 25 janvier 2015
     

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